19.03.2011

L’apparition des familles et des enfants des rues

L’apparition des familles et des enfants des rues

 

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Dans le contexte des années de crise, des familles se sont considérablement appauvries. A la suite de la perte d’un travail, face à la multiplication de dépenses de santé imprévues, elles ne parviennent plus à s’acquitter d’un loyer et sont obligées de quitter leur logement. La rue devient alors leur seul espace de vie. En outre, des enfants fuient leur domicile par eux-mêmes et se retrouvent à leur tour contraints de vivre au sein de l’espace public. En effet, la crise conduit au développement de pratiques fortement individualistes. Les déstructurations familiales s’accélèrent avec leur lot de violences. La mésentente avec les parents et beaux-parents débouchent sur de nombreux conflits. Certains enfants décident donc de fuguer et de se « débrouiller » par eux-mêmes. Ils quittent le quartier pour la rue, espace de ressources et principal lieu de sociabilités. Plus d’un millier de personnes vivraient donc dans les rues d’une capitale qui abrite environ un million et demi d’habitants (les statistiques fluctuant d’un rapport d’ONG à l’autre pour le décompte des sans-abri).

 

Analakely, le centre-ville, constitue l’un des espaces majeurs de la rue, auquel s’ajoutent les marchés et les gares routières, tel Anosibe et Andravoahangy. Les sans-abri quittent les quartiers d’habitation et ne parviennent qu’à s’approprier les espaces publics, les espaces neutres où le contrôle social des habitants diminuexiii.

A la nuit tombée, les familles de rue placent quelques cartons, construisent des maisons en sachets plastiques, allument de petits foyers auprès desquels se réchauffer et faire cuire dans une vieille boîte de conserve un peu de nourriture. Les enfants seuls ne disposent que rarement d’un tel équipement. Ils s’enroulent dans un drap (un lamba) et dorment à même le trottoir.

Les sans-abri ne disposent que de la nuit pour faire de l’espace public, leur espace. A l’aube, les agents de la Commune n’hésitent pas à les secouer dans leur sommeil et à les menacer de brûler leur maigre attirail s’ils ne font place nette. La grâce municipale n’est accordée que la nuit et le dimanche, lorsque la ville semble vivre au ralenti. Ainsi, au lever du soleil, les cabanes et « maisons » disparaissent. Un passant avisé lèvera les yeux et verra dans les branches des arbres les traces de la nuit, cartons, draps et sacs, soustraits du champ des regards.

La nuit ne donne qu’un semblant d’intimité au sein de la ville. La pénombre permet à peine aux jeunes filles de se laver, d’échapper un instant à la publicité de l’espace, de protéger leur corps, leur être sans cesse exposé sur la scène publique. La nuit, de même, nul besoin pour les enfants des rues de se cacher dans les rizières urbaines pour allumer une cigarette de chanvre.

 

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Toute une géographie de la rue, cachée le jour, naît la nuit. Dans le quartier d’Andravoahangy, connu pour son grand marché, les auvents des grands supermarchés (Soloprix) constituent les espaces de rassemblement. Ils protègent du vent et de la pluie. Surtout, ils sont éclairés. Car l’absence d’habitat et l’habitude ne rendent pas moins forte la peur de la nuit et de ses sorcières, les mpamosavy. Les enfants vivent aussi dans la terreur d’un enlèvement pour être vendus ou tués pour leurs organes, comme en attestent leurs déclarations lors des entretiens. De même, les adultes préfèrent la lumière pour pouvoir surveiller les alentours.

A quelques mètres de là, toujours à Andravoahangy, certains enfants se rassemblent dans et autour d’une cabine téléphonique, un peu à l’écart de l’agitation des sans-abri du Soloprix. Un peu plus loin, se trouve le lieu-dit kabana (jumeau), un autre, « Jamaïque », sensé abriter les grands fumeurs de cannabis. Au centre-ville, les pratiques sont identiques. Certains enfants isolés négocient l’accès aux véhicules d’un parking avec un gardien de nuit. Parfois, il faut payer, parfois simplement être propres et déguerpir rapidement au lever du jour.

Ainsi, nous pouvons distinguer des pôles permanents où les familles et les enfants des rues ont l’habitude de se rassembler : en face du marché de Petite Vitesse à Analakely, dans les voitures du parking du restaurant « Le Muguet » près du marché des Pavillons, toujours au centre-ville, le Soloprix d’Andravoahangy ou encore le « coin des carottes » ou des « tomates » dans le marché de gros d’Anosibe. Parfois, les enfants (plus que les familles, moins mobiles) s’échappent de ces secteurs principaux. Ils se glissent à deux ou trois dans quelque interstice pendant plusieurs nuits au gré des opportunités, quand la fatigue les rattrape. Dans un mouvement de balance entre le sommeil et l’ambiance (boîtes de nuit, club-vidéo), leurs espaces consacrés au sommeil restent instables.

Ceux-ci se résument parfois à un carton posé sur un trottoir. Leur matérialité est faiblement marquée. De même, aucune règle ne vient assigner les enfants à résidence, dans un espace fixe et délimité, au moins abstraitement. Bien que nommés et reconnus à l’échelle du monde de la rue, les lieux de rassemblement ne sont qu’à peine structurés. Il n’existe pas de chef, ni de codes et de rites d’entrée, à peine le sentiment d’adhésion à un espace dénommé et délimité . A l’un, de l’argent sera demandé, à l’autre, rien. Ce pseudo-territoire ne garantit aucune protection à son occupant : contre le froid, les grands et les plus forts, contre les descentes de la Commune. Tout reste ouvert au point de préférer la lumière à l’obscurité. Ces espaces où se réfugier ne constituent pas un habitat, encore moins un « habiter », une maison définie comme un « espace de réconfort et d’intimité (…) qui doit condenser et défendre l’intimité »

Commentaires

Qui fait ça ? C'est injuste!

Écrit par : Merich | 22.03.2011

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